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DEFFONTAINE Mage de l'imaginaire; Imagier d'un ailleurs : "Là-bas où se meuvent nos ombres", dans le marais de l'âme où, l'informe prend forme... se transforme... se déforme...
...Marécage sans âge, sans date et sans nom. Territoire non délimité, absent de frontières et de règles, perdu dans les brumes du subconscient, là où précisément l'imagerie occidentale chrétienne situe les génies mauvais et malfaisants de sa fable.
La matière impalpable, indomptée, féérique, ténébreuse, la part divine et la part maudite, les jeux de la lumière et de l'ombre, l'attrait de la beauté et l'attrait de la laideur, l'achevé et l'inachevé : voilà les jeux subtils de la palette de cet artiste où tumulte et silence harmonieusement se mélangent et se confondent.
L'oeuvre de DEFFONTAINE baigne dans une atmosphère expressionniste à la fois surréalisante, fantastique et onirique, et où surtout, l'érotisme se fond délicatement dans des compositions denses et savantes.
La toile, le papier, ou le métal se peuple "du monde qui hante ses solitudes et habite ses silences".
Toute une fable voilée tout à la fois de symbolisme philosophique et métaphysique. Un peuple asexué mélangé à un bestiaire non répertorié et encore à demi dans l'équivoque des ombres. Toute une mythologie embryonnaire en mutation, se rassemble dans une ordonnance inquiétante et sauvage : noeuds humains, pareils à des étreintes, à des confusions de bataille, à des cérémonies initiatiques aux allures de sabbat.
Héritier, digne d'ouvrir comme l'écrivait André BRETON : "...la porte de mondes nouveaux, rivaliser avec la science, être une sorte de science non soumise aux carcans rationnels et mathématiques, mais d'autant plus riche en perspectives sur l'humain, ses secrets, ses zones interdites ou vertigineuses".
Cet initié là, oeuvre, tel un somnambule, chargé par une force indéfinissable et indicible d'une mission esthétique et initiatique. Certains comprendront et traduiront le message à leur manière, car message il y a forcément dans l'oeuvre de DEFFONTAINE, mais est-il besoin de s'aventurer dans une prospection abstraite pour en expliciter la raison et le sens. La volonté de puissance du créateur suffit largement à susciter notre respect. Libre à nous, alors, de croire ou de ne pas croire au miracle de l'art.
C'est un constat de solitude qu'accuse l'oeuvre de DEFFONTAINE. Un vital et irrésistible besoin des êtres à se fondre les uns dans les autres sans y parvenir jamais est à chaque planche, dessinée, gravée ou peinte, redénoncée avec une fervente résignation.
Plus qu'un constat de solitude : un cri dont l'écho est éternel.
A. DE FRANCONY
(Préface du livre "DEFFONTAINE 1976", aux Editions d'Art DE FRANCONY)
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